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Paris Brest Paris 2011

2011-PBP-introEt voila, mon second Paris Brest Paris est terminé. Cette année, ce n'était pas un objectif prioritaire car je voulais aussi réaliser un Ironman de montagne avant et la préparation vélo a donc été bien réduite, au profit de course à pied et de natation.

J'ai alors décidé de le faire sans assistance, et sans aucun objectif de temps. Alors, comment ça s'est passé? Lisez la suite pour le savoir.

La préparation

Après un Altriman (triathlon distance Ironman en montagne aux Angles) réussi comme prévu et qui ne m'a pas cassé, je suis à 6 semaines du départ de PBP. Je n'ai vraiment pas beaucoup de vélo dans les jambes depuis le début de l'année (à peine 4500 kms), surtout ces dernières semaines qui ont été plutôt consacrées à la CAP. Parions que mon expérience en vélo comblera largement le manque d'entraînement au geste spécifique. Pour la caisse, je ne me fais pas de souci car le volume global est largement aussi important que pour la préparation 2007 où j'avais accumulé 12000 kms de vélo.
Voici donc un petit résumé de ma préparation pendant les 32 semaines depuis le début de l'année.

  • Vélo route : 50 sorties, 6500 kms, 70 000m de D+, 250 heures.
  • VTT boulot : 100 à 120 kms par semaine, soit autour de 3500 kms.
  • Natation : environ 80 séances, 100 heures.
  • Course à pied : environ 70 sorties, 900 kms, 85 heures.

Le début de l'année est assez équilibré sur l'ensemble des disciplines. Ensuite, il y a eu des phases plus orientées vélo ou CAP. La natation est constante à 2 ou 3 séances par semaine, et le VTT pour aller au boulot, c'est tous les jours. Mine de rien, même seulement 30 minutes matin et soir, et pas forcément à un gros rythme, le simple fait d'être sur un vélo tous les jours donne une grande aisance et rend la position et le pédalage très naturel.

Les brevets de qualification pour PBP (200, 300, 400 et 600 kms) ont été réalisés du 9 avril au 21 mai, à raison d'un BRM tous les 15 jours. Avec les sorties intermédiaires, c'est un total de 2045 kms de velo et 22 000m de D+ en 10 sorties sur 6 semaines. Bien que la période ait été chargée en vélo, j'ai aussi fait 17 sorties de CAP dans le même temps.

A partir du 25 mai (semaine 21), j'ai bien réduit le vélo et continué la CAP à raison de 3 à 4 sorties par semaines jusqu'à fin juin. La CAP a vu la distance hebdomadaire s'allonger jusqu'à un maximum de 74 kms (4 sorties) en semaine 24, avec en particulier une sortie garrigue de 27 kms le lendemain de 210 kms de vélo.

L'objectif Altriman (Ironman des Angles) a été couru en semaine 27 le 9 juillet avec succès (Le CR de l'Altriman ici) et suivi de 8 jours de repos avant les 212 kms de l'Etape du Tour d'Issoire (sous la pluie, le vent et le froid). Suite à cela, j'ai réduit la CAP à 1 sortie par semaine, et ré-augmenté la charge sur le vélo. Dans les 4 dernières semaines, je totalise 2000 kms et 19 000m de D+ en 13 sorties qui se répartissent comme suit:

  • semaine 29 : 3 sorties pour 560 kms (dont une de 330 kms - Barcelonnette -> Teyran en 10h40 de route, suivi d'une ascension du Ventoux le lendemain)
  • semaine 30 : 2 sorties pour 325 kms
  • semaine 31 : 1 sortie pour 200 kms
  • semaine 32 : 7 sorties rythmées sur du parcours vallonné type PBP pour 900 kms et plus de 31 km/h de moyenne globale.

J'encaisse la semaine sans difficulté particulière, et les sensations sont bonnes.

La semaine 33, c'est 8 jours de repos total jusqu'au départ.

Le vélo

Comme je l'ai dit, je pars sans assistance, donc avec le vélo alourdi de quelques bagages contenant essentiellement des vêtements de nuit, de pluie et un peu de nourriture de secours. Deux phares sont montés sous le cintre, ainsi que 2 feux rouges à l'arrière. Je garde les poches du maillot aussi vides et légères que possible pour maximiser le confort et ne pas avoir du poids qui me tire le maillot, surtout quand je suis en danseuse. Enfin, j'ai décidé d'utiliser mes Cosmics Carbone SL. J'ai déjà testé la configuration sur le BRM 600 et c'était très bien passé. Ces roues sont très sympa au dela de 32-35 km/h, alors je me demande si elles ne deviendront pas un handicap au fur et à mesure que la vitesse décroîtra. Il s'avèrera que pas du tout, je n'ai jamais eu l'impression qu'elles étaient dures à emmener. Qui plus est, je ne les trouve pas inconfortables du tout, alors qu'elles sont bien plus rigides que mes Ksyriums ES.

velo
Le vélo ainsi équipé et bidons pleins pèse 12,5 kgs

Au niveau des développements, je n'ai pas changé mes plateaux (apparemment, il n'existe pas plus gros que 38 ou 39 en compact QRings). J'ai donc 34/50 devant et 12/23 derrière. Je n'ai quasiment jamais eu besoin de mettre plus petit que 50/19. De temps en temps, ma chaîne étant usée et bonne pour la poubelle après PBP, je me suis autorisé 50/21, ce qui est normalement interdit pour ne pas trop croiser. Sinon, quand ça montait vraiment trop, alors je tombais 34/14-16. Non, franchement, ça ne m'a pas gêné d'avoir un petit plateau de 34.

tourprepa
Au départ d'un tour d'essai avec mon père la veille

L'Equipe

EricDamien, la Tortue, se lance cette année dans l'ultra distance à vélo. Il n'a commencé le vélo qu'il y a 4 ans. Cette année, il a fait un gros bond en avant en terme de progression. On a pas roulé ensemble depuis plus de 2 ans, et ses performances récentes me font vraiment penser qu'il est peut être bien devenu plus fort que moi. C'est à tel point que je pense sérieusement que j'aurais peut être du mal à le suivre. Mais je compte sur le fait qu'il n'a jamais fait 2 nuits de suite pour qu'il reste calme. En aucun cas je n'envisage qu'il ne puisse pas suivre, c'est tout le contraire. Je suis donc assez confiant sur le bon déroulement de notre périple.

DamienPatrick va aussi participer sans assistance, et c'est donc naturellement qu'il se joint à nous.

On n'a pas d'objectif particulier, mais je pense qu'on devrait rentrer en 55h +/- 5h selon les circonstances de course, le vent, la météo.

Quand à Gérald, il a mis en place une assistance, assurée par Frédéric et son fils, et il a un objectif de faire un chrono.

Afin de gagner un peu de temps, nous décidons de profiter de cette assistance pour les 3 premiers ravitaillements, mais sans utiliser Frédéric pour ne pas pénaliser Gérald. Nous donnons donc chacun 3 sacs à mettre dans le camion. Si nous arrivons au controle avec Gérald, nous les récupérerons. Si nous ne sommes pas là, Frédéric partira et on se débrouillera autrement. Ca, c'était le plan.

Le départ

Le départ se fait par vague de 400, dans l'ordre d'arrivée dans le SAS. Nous prévoyons d'être sur place à 14h pour garantir notre place dans la première vague. J'arrive sur les lieux avec Damien, Patrick et Gérald sont déjà en avant dans la foule. Nous arrivons tout de même à forcer un peu le passage et à les rejoindre.


Attente au départ


Un mot de Gérald


Un mot de Patrick

Gérald discute avec un gars que je ne reconnais pas et qui me dit bonjour. C'est Olivier Buisson, l'homme aux 40 000 kms annuels, avec qui j'ai sympathisé récemment à travers son blog. Olivier est un cycliste aux performances exceptionnelles, qui pourrait tout gagner s'il le voulait, mais qui préfère pratiquer un vélo simple et convivial. En fait, il a reconnu le maillot sur le dos de Gérald et attendait que j'arrive pour me saluer. On a juste le temps de discuter un peu avant que la foule s'ébroue et nous sépare, mais on se reverra plus tard.

MoiOlivier
Olivier Buisson et moi

La foule des cyclos avance doucement. Le départ n'est que dans 1h30 et on va cuire sous le soleil pendant ce temps. Heureusement, j'ai emmené une bouteille de 1,5L d'eau. On est bientôt dirigés vers les tables de pointage où le carnet de route sera tamponné. Gérald est déjà passé, je passe à mon tour, mais les deux autres ne sont pas derrière moi. J'attends un peu mais ils n'arrivent pas. Peut être que je les ai ratés, je continue pour aller dans le SAS de départ. Je rejoins Gérald mais ils ne sont pas là. A ce moment, le téléphone sonne. Le premier SAS est plein, la porte est fermée juste devant eux. Ils ont beau essayer de négocier et expliquer qu'on est devant, mais rien à faire. On décide alors de les attendre. Tant pis, on sera dans la seconde vague.

10 minutes plus tard, ils arrivent. On se retrouve alors en première ligne de la seconde vague. C'est pas plus mal, ça nous évitera d'avoir à remonter, et peut être que le départ sera un peu moins nerveux, tous les cadors étant normalement déjà partis.


Seconde vague

IMAG0081
Damien, Patrick, Gérald et Eric sur la ligne de départ, qu'ils sont beaux...


Sous l'arche de départ

Pan, notre départ est donné. Les 15 premiers kms sont neutralisés à 30 km/h derrière une voiture et 2 motos. Comme on est devant, aucun problème de visibilité et on évite facilement les terre pleins centraux, les ralentisseurs et autres pièges.

Depart OTSI
Départ + 1s (photo O.T.S.I. Villaines la Juhel)

La voiture nous lâche maintenant. Très vite, Gérald imprime une forte accélération, mais ça ne prend pas. J'accélère à mon tour et fais signe à Patrick et Damien de suivre, ce qu'ils font. Le coeur monte à 180 pulses, on part vraiment à fond. Ca y est, ça suit, on a lancé le mouvement. Le but de cette manoeuvre est le suivant : en accélérant l'allure, le peloton va s'allonger et se mettre en file. Les rouleurs, redoutant des cassures, vont se porter vers l'avant, alors qu'au contraire ceux qui ne veulent pas rouler vont se laisser glisser vers l'arrière. Au bout de quelques kilomètres, on devrait donc se retrouver à un paquet de rouleurs devant qui pourront bien travailler ensemble pour une progression rapide.

Pendant cette phase, je perds une bouteille d'un demi-litre que j'avais sous l'élastique de ma sacoche. J'avais prévu 1,5L d'eau pour les 140 kms, en voila un tiers qui vient de se faire la malle. Va falloir se faire 4h30 de route à haut régime avec seulement 2 bidons, ça va être dûr. Espérons que je pourrais trouver de l'eau sur la route. Sinon, je compte sur le fait que je pars hydraté au taquet, et que comme je pourrais boire tout ce que je veux à Mortagne, et que la température fraichira ensuite, ça devrait aller et je devrais pouvoir récupérer le déficit d'hydratation de cette étape. Je rappelle qu'il fait pas loin de 30°, et qu'on roule à allure course avec un vent défavorable.

Mortagne, 20h50

Nous voila à Mortagne. On a fait les 141 kms en 4h24 à 32 km/h, sans s'arrêter une seconde. Je crois que Damien a trouvé ça bizarre qu'on commence une rando de 1200 kms par une cyclosportive de 140 :-). Il faut toujours se rappeler qu'en vélo, on peut toujours récupérer, surtout sur une telle distance. Il n'y a pas de contrôle ici à l'aller, mais il y a un ravitaillement. On trouve donc rapidement Frédéric et nos sacs. Je bois 0,5 ou 3/4 de litre d'eau direct, remplace mes bidons et remplis mes poches avec le ravito (essentiellement des petits sandwiches salés, 1 powerbar, des gaufres vergeoises...). On ne reste que 2'35" et on repart. La nuit ne va pas tarder à tomber.

Villaines, 23h34

La nuit est belle et douce. On peut rouler en court et sans se couvrir plus. Les 81 kms pour rejoindre Villaines se font encore sans arrêt, un petit ton en dessous toutefois (2h41, 30,7 km/h). On passe au contrôle, et on ressort pour aller trouver Frédéric. Même procédure que précédemment pour le ravitaillement. La durée d'arrêt totale augmente déjà à presque 12' (dont au moins 6 ou 7 pour le contrôle).

Fougères, 2h34

Encore une étape de 89 kms de nuit avalée à bon train en 2h48 à 31,9 km/h. Là aussi, on s'arrête 12' en tout. C'est notre 3ème sac de ravitaillement. Normalement, à partir de là, on devrait se désolidariser de Gérald. Pourtant, ce n'est pas ce qui se passe et on reste tous ensemble sans que rien ne soit dit.

Tinténiac, 4h46

Le diésel est maintenant bien chaud, le moteur ronronne et je mène devant la plus grande partie du temps dans mon style inimitable du coureur qui n'a pas l'air de faire le moindre effort. Durant cette étape (ou était-ce la précédente), Olivier remonte jusqu'à moi. Je suis surpris de le voir, je le croyais devant. Parti en première vague, c'était bien le cas, mais il a du s'arrêter longtemps pour retrouver ses affaires (confiées en dernière minute à l'assistance d'un copain qui a eu la bonne idée d'abandonner avant Fougères). Lui aussi a un sacré coup de pédale avec une haute cadence. On discute cote à cote, ça fait passer le temps. A un moment, je ne vois pas une flèche et on rate une bifurcation à droite. Au bout d'un moment, Olivier s'inquiète de ne plus voir de flèche. Damien arrive à la rescousse et allume son GPS qui contient la trace du parcours. On s'est bien trompé il y a quelques kms. Il nous trouve une autre route à droite pour retrouver le parcours un peu plus loin. Au final, ce détour ne nous coûtera que 7 kms de plus.

Encore une étape couverte à plus de 30 km/h, on s'arrête 10'45. C'est là que le plan de l'assistance a changé. Je ne sais pas comment ça s'est fait, si Gérald a renoncé à partir seul ou quoi, mais toujours est-il qu'on se retrouve encore tous ensemble. Et ce sera finalement comme ça jusqu'à la fin. Alors, Gérald, Patrick ou Damien, est ce que vous pouvez me dire comment on s'est retrouvé à rester tous ensemble alors que Gérald devait partir seul avec son assistance?

Loudéac, 8h08

Rien de spécial sur cette étape si ce n'est que ça devient de plus en plus dur pour Damien. Je ne m'inquiète pas encore trop car je sais que ça peut toujours revenir. La météo est passé au couvert et ne prévoit rien de bon pour la journée. D'ailleurs, nous avons déjà eu droit à un petit crachin du matin, ça fait toujours plaisir. 20'45 d'arrêt pour une étape de 86 kms en 3h10 à 28,1 km/h, ouch, la vitesse baisse...


Nouvelles du matin

Carhaix, 11h14

Les étapes se suivent et se ressemblent. Damien ne récupère pas. 76 kms en 2h46 à 28,6 km/h. Curieusement, on a été un peu plus vite sur cette étape, bien qu'on vienne de sortir de 3h sous la pluie.


Contrôle Carhaix

Brest, 15h04

Cette étape est motivante, c'est la dernière dans le mauvais sens. Damien a toujours du mal et je commence quand même à m'inquiéter sur la possibilité qu'il finisse avec nous. Ca m'embêterait quand même qu'on doive se séparer. On va faire un gros arrêt à Brest, manger chaud, espérons que ça suffira à le requinquer et que motivé par le fait d'être sur le retour, il ira mieux. Ca peut vraiment arriver en vélo, on ne sait vraiment jamais comment d'un coup les jambes se mettent à marcher alors qu'on était mal depuis le début.

On arrive donc à Brest avec une étape de 93 kms couverte en 3h18 à 28,5 km/h. On totalise 630 kms à pile 30 km/h de moyenne roulante et 22h38 de temps total depuis le départ. C'est pas mal. On croise Frédéric bien avant le contrôle car il ne peut pas y accéder. Comme on a décidé de manger au self, on lui dit qu'on aura pas besoin de lui et qu'il peut retourner à Carhaix de suite. Sur ce coup, si on avait prévu à l'avance, il aurait économisé 180 kms de route.

A la cafétéria, je prends un bol de soupe (brulée), un blanc de poulet (froid), une grosse platrée de riz (pateux) avec de la sauce tomate pour faire du goût, un far breton (miam), un yaourt et du pain. J'ai faim et je mange de bon appétit. Ce n'est pas le cas de Gérald, Patrick et Damien qui sont plus fatigués et se forcent.

Après le repas, Damien va se faire poser un strapping pour soulager des douleurs à la main. Après un arrêt total de 1h15, on repart enfin.


Contrôle Brest

Carhaix, 19h50

Après une petite boucle dans Brest, on rejoint le parcours aller. Pour la première fois, on va commencer à croiser des participants dans l'autre sens. Ca va durer encore au moins jusqu'à Tinténiac. Là, on a mal pour eux.

On remonte le Roc de Trevezel, mais ça semble plus facile de ce coté. Il faut dire qu'on est parti vraiment plus lentement puisqu'il nous faudra 3h31 pour boucler les 86 kms de l'étape à seulement 24,7 km/h. Au contrôle, des gouttes menacent, on s'habille pour la nuit qui promet d'etre bien mouillée. Je mets des surchaussures lycra, des genouillères jusqu'à mi-mollet, des manchettes, un coupe vent sans manche et un imperméable par dessus. Aussi, des gants de soie longs sous les gants courts et une casquette pour protéger des projections d'eau. Ainsi paré, il peut pleuvoir ce qu'il veut, je ne resterais pas sec, mais je resterais chaud, au moins tant que je roule. Le temps de boire une soupe chaude supplémentaire, et on repart après 33' d'arrêt.

Loudéac, 23h56

Finalement, la pluie ne vient pas de suite et on a tous trop chaud. On s'arrête juste pour enlever l'imper, alors que Damien qui était resté peu couvert continue. Quand on le reprend, il nous indique qu'il ne peut pas continuer aussi vite et nous dit de filer sans lui. On a pas envie de le laisser, mais en même temps on est soulagé que ça vienne de lui. Quand on reprend notre allure de croisière, je vois qu'il laisse aller. Je suis triste qu'on ne puisse pas terminer ensemble. J'étais tellement sûr qu'il avait largement le niveau, au regard de ce qu'il avait démontré dernièrement et en particulier aux Angles, que je n'avais pas du tout envisagé cette possibilité. J'ai aussi oublié que Damien n'avait effectivement jamais roulé ne serait-ce qu'un 600km d'une traite. Autant c'est inutile de le faire au BRM600 quand on en a déjà l'expérience de plusieurs, autant ça aurait sûrement été bien d'en faire au moins un avant PBP. J'ai totalement surestimé son aisance et expérience sur ce type de distance, je plaide coupable.

Quelques temps plus tard, on rentre dans l'orage. Gérald cherche tout de suite un abri pour attendre et le laisser passer. Pas question de rouler sur une route qui s'est transformée en rivière, dans la nuit noire sans aucune visibilité. Quand la pluie se calme on repart. On croise énormément de groupes de vélos. Ils ont tous un ou plusieurs phares très éblouissant et les croisements sont souvent limites, du fait qu'on ne voit pas les bords de la route s'il n'y a pas de bande blanche. Donc, en gros, on se dirige vers les lumières, pour passer sur leur droite au dernier moment, le tout sans trop les regarder en face.

Je ne me rappelle pas ce qu'on y a fait, mais on est resté 42' à Loudéac. Qu'est ce qu'on peut perdre comme temps quand personne ne regarde l'heure.

Tinténiac, 4h50

Gérald a un coup de barre sur cette étape. Comme en 2007, on roule un moment lentement avec lui. Pendant ce moment, je dois lutter intensément contre le sommeil. Je suis sûr que je m'endors plusieurs fois 2 ou 3 secondes. D'ailleurs, par deux fois, c'est le bruit de la roue hachant les herbes du bord de la route qui me réveille et me permet de redresser le cap. C'est vraiment très bizarre comment les jambes continuent à pédaler, mais le cerveau vous met un film devant les yeux et vous vous laissez emporter à le regarder en oubliant la route. Il reste juste un mécanisme réflexe qui vous réveille au bout de 2 ou 3 secondes et là vous vous rendez parfaitement compte que vous étiez en train de dormir.

Il y a un autre phénomène assez bizarre pendant cette seconde nuit, ce sont les hallucinations. On voit des choses dont on sait qu'elles sont impossibles, mais on y croit quand même parce qu'on les voit. Par exemple, je voyais souvent une grosse maison à 200m devant moi sur la route (alors que de toutes façons, on ne voit pas à plus de 20m). Et je suis là à me demander "mais qu'est ce que cette maison fout au milieu de la route?". Et puis, elle disparaît pour laisser place à la route quand le halo du phare arrive dessus.

Bref, au bout d'un temps, j'en peux plus de lutter et je décide d'accélérer pour faire monter l'adrénaline. Ca marche assez bien, tant qu'on met un bon rythme, il n'y a plus ce problème d'endormissement.

Je suis donc tout seul quand les piles de ma seconde lampe décident de rendre l'âme (J'utilise des Cateye HLEL530 à LED 1w). Pour la première fois, j'utilisais des piles lithium, normalement de plus grande capacité que les meilleures alcalines ultra. Durant la première nuit, je prenais soin de n'allumer la seconde lampe que quand il y avait vraiment besoin, et inversement la seconde nuit. Ces piles donnaient à chaque lampe une autonomie de 10 à 12h, je pensais pouvoir couvrir 2 nuits. Eh bien non, il m'a manqué 2 heures, et surtout, avec ces piles, la lampe s'éteint complètement au lieu de rester allumée, sans puissance certes, mais donnant toujours de la visibilité. C'est dû à la courbe de décharge différente entre des piles alcalines et lithium, il faut le savoir.

Ce n'est pas critique, je peux m'arrêter et attendre du monde, mais je vois 2 feux rouges au loin. Je pique alors un petit sprint avec la dernière minute de lumière que ma lampe veut bien donner et je les rattrape. Ouf, je resterais dans leur roue jusqu'à Tinténiac où j'arrive avec une lampe tellement blafarde que j'ai peur qu'un contrôleur m'arrête. Mais non, j'arrive au contrôle, et je peux acheter deux jeux de piles au vélociste pour finir la nuit et repartir en règle.

Au bout d'un certain temps, voila Patrick qui arrive. Lui aussi a accéléré et laissé Gérald. Ca fait un bon moment qu'on est là quand ce dernier arrive enfin, avec Damien. Je ne me rappelle pas combien de temps on est encore resté, mais en tout, j'ai 50' d'arrêt à ce contrôle.

Fougères, 8h08

On s'est bien trainé sur cette étape, à la fois la plus courte et la plus lente (22,6 km/h). Comment on a pu rouler aussi lentement? Il fait jour, toujours un peu brumeux mais la journée promet d'être belle. Ca va nous changer de la nuit. On traîne encore à faire je ne sais quoi pendant plus de 38'.

Villaines, 12h37

Ah, enfin, on se réveille un peu et on recommence à rouler. 3h51 pour couvrir les 88 kms à 25,2 km/h. Par contre, c'est encore un arrêt catastrophique de 44'. Je crois que c'est ici que je m'aperçois que mon pneu arrière est très dégonflé. Je tente de regonfler mais ça fuit. Je change la chambre, et c'est bien le même problème que j'ai déjà eu plusieurs fois sur cette roue : la valve se dessertit petit à petit de la chambre causant une perte d'air et l'impossibilité de gonfler à plus de 4 bars. C'est bizarre, ça fait au moins la 3ème chambre qui me fait ce problème sur cette roue.

retourVillaines-OTSI
On quitte le contrôle (photo O.T.S.I. Villaines la Juhel)

Mortagne, 16h26

L'accélération se confirme. 3h04 pour 81 kms à 26,7 km/h. L'arrêt est contenu à 24'. On dirait que ça commence à sentir l'écurie et que tout le monde veut maintenant rentrer.


Contrôle Mortagne retour

Dreux, 19h26

Sur cette étape, une fois passée les 5 ou 6 bosses pour sortir du perche (30 kms à 25,5 km/h), Je me paye un contre la montre en relai avec Gérald. On se fait les 43 kms suivant à 34,5 km/h de moyenne (profil très légerement valloné globalement descendant, tout de même). Ah, c'était bien sympa ce passage, ça faisait du bien. A Dreux, je pousse pour ne pas traîner, et on réussit à repartir après seulement 10'.

St Quentin en Yvelines, 22h52

On part de Dreux à petite vitesse, alors je propose de se mettre à rouler un peu plus raisonnablement, ce qu'on fait. Sur cette dernière étape, il y a quelques fameuses bosses dont la côte de Gambaiseul qui présente un double raidard qui peut faire mal si on arrive cuit. Peu après ces côtes, voila que je sens que mon pneu arrière est de nouveau dégonflé. C'est pas possible, cette roue a un problème, elle me bousille toutes mes chambres. Il fait déjà nuit, j'ai la flemme de réparer et je choisis l'option du regonflage tous les 4 kms environ, en roulant debout pour porter tout le poids sur la roue avant. A ce moment, on estime qu'il reste environ 20 à 25 kms, il en reste en réalité 30. Je vais regonfler 5 fois, ce qui me prendra plus de 13'. J'ai du poser un prolongateur sur la valve, et l'embout est un peu gros pour ma pompe. A chaque fois, c'est un peu galère, il faut y aller tout doucement pour ne pas risquer de déchirer complètment la valve. Finalement, cela aurait été plus rapide de changer la chambre, et plus confortable pour rentrer assis. On aurait aussi pu rouler un peu plus vite.

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De nuit, sans flash...

Bref, on arrive finalement au gymnase et je passe sur le tapis de chronométrage pour la dernière fois. Le temps officiel est de 54h28. Et là, je me dis que le destin existe. Ce temps, c'est juste 1' de moins qu'en 2007. Tous ces longs arrêts, tous ces problèmes de chambre n'avaient qu'un seul but: nous ralentir pour arriver dans ce temps remarquable qu'on n'aurait jamais pu réaliser en le faisant exprès.

Conclusion

Cette année, je finis encore plus frais, je pense, qu'en 2007. J'ai 46h15 de route à 27,2 km/h de moyenne roulante pour une FCMoy de 111 pulses/min (contre 48h, 26,25 km/h et 120 pulses/min en 2007). Je me suis promené. La preuve est faite qu'il n'est pas nécessaire de faire 12 000 kms d'entraînement, quand on a d'autres activités sportives à coté. Comme je l'ai déjà dit, je pense que le plus important est d'en faire tous les jours ou presque, même un tout petit peu. Je crois aussi que le schéma des 4 dernières semaines (charge descendante pendant 3 semaines, suivi d'une très grosse semaine) fonctionne bien.

Paradoxalement, le fait qu'on soit restés avec Gérald et son assistance m'a probablement ralenti (parce qu'on était plusieurs, et plus on est de monde, plus les arrêts sont longs). J'aurais sûrement pu partir tout seul à 500 kms de l'arrivée et terminer 2 ou 3h plus tôt. Je n'ai pas particulièrement pensé à le faire, probablement parce que j'ai tellement l'habitude de rouler avec Gérald et Patrick que ça m'aurait fait bizarre.

Le départ et la première nuit étaient sympa, on a bien roulé. La journée suivante a été moyenne, on s'est beaucoup trop arrêté, je me suis un peu ennuyé. La seconde nuit a été barbante avec toute cette flotte et un rythme de progression relativement lent. Enfin, la dernière journée a été plus sympa mais a aussi manqué de régularité. C'est vraiment pas facile de gérer un groupe, même seulement de 3 coureurs, sur une telle distance et durée.

En tous cas, je peux dire que ce PBP n'aura pas été difficile pour moi, ce qui me fait regretter un peu de n'avoir pas tenté l'aventure plus rapidement. Si j'y retourne en 2015, ce qui est fort probable, je pense que cette fois ce sera seul (eh non Papy, si tu y vas, ce sera sans moi).

Le tableau avec les chiffres.

Je sais que vous l'attendez tous. J'ai tout retenu par coeur, normalement, c'est bon.

LOGO-PBP-horizontal-72dpi

Ville Heure Temps
étape
FCMax FCMoy FCMin kms
étape
km/h
étape
D+
étape
Temps
cumul
kms
cumul
km/h
cumul
D+
cumul
St Quentin en Yvelines 21/8/11 16:25
Mortagne 21/8/11 20:50 04:24:45 180 148 112 140,79 32 992 4:24:45 140,79 32 992
Mortagne arrêt 21/8/11 20:52 00:02:35 150 142 133 0,09 16,1 0 4:27:20 140,88 32 992
Villaines 21/8/11 23:34 02:41:25 163 133 96 81,45 30,7 712 7:08:45 222,33 31,5 1704
Villaines arrêt 21/8/11 23:46 00:11:51 123 110 99 0,33 10,7 5 7:20:36 222,66 31,4 1709
Fougères 22/8/11 2:34 02:48:09 155 130 98 89,04 31,9 755 10:08:45 311,69 31,6 2463
Fougères arrêt 22/8/11 2:46 00:12:00 134 108 96 0,72 19,2 11 10:20:45 312,41 31,5 2475
Tinténiac 22/8/11 4:46 02:00:45 145 127 98 59,88 30,1 367 12:21:30 372,29 31,3 2842
Tinténiac arrêt 22/8/11 4:57 00:10:45 116 103 95 0,42 16,8 0 12:32:15 372,70 31,3 2842
Loudéac 22/8/11 8:08 03:10:30 134 115 93 85,98 28,1 749 15:42:45 458,68 30,6 3591
Loudéac arrêt 22/8/11 8:28 00:20:45 112 101 94 0,35 16,8 0 16:03:30 459,03 30,6 3591
Carhaix 22/8/11 11:14 02:46:00 142 117 86 76,88 28,6 750 18:49:30 535,91 30,3 4342
Carhaix arrêt 22/8/11 11:45 00:30:30 101 91 84 0,49 19,6 5 19:20:00 536,40 30,3 4347
Brest 22/8/11 15:04 03:18:45 135 107 81 93,05 28,5 751 22:38:45 629,45 30 5098
Brest arrêt 22/8/11 16:18 01:14:30 104 93 84 0,00 0 0 23:53:15 629,45 30 5098
Carhaix 22/8/11 19:50 03:31:30 136 110 80 85,96 24,7 930 27:24:45 715,42 29,2 6029
Carhaix arrêt 22/8/11 20:23 00:33:15 94 87 78 0,32 10,9 0 27:58:00 715,73 29,2 6029
Loudéac 22/8/11 23:56 03:33:00 138 109 79 79,52 24,9 770 31:31:00 795,25 28,7 6799
Loudéac arrêt 23/8/11 0:38 00:42:19 98 86 78 0,47 8,5 5 32:13:19 795,72 28,7 6804
Tinténiac 23/8/11 4:50 04:12:11 130 93 76 86,78 23,3 632 36:25:30 882,50 28 7436
Tinténiac arrêt 23/8/11 5:41 00:50:15 0 0 0 0,47 14,3 0 37:15:45 882,97 28 7436
Fougères 23/8/11 8:08 02:27:15 0 0 0 55,27 22,6 358 39:43:00 938,24 27,6 7795
Fougères arrêt 23/8/11 8:46 00:38:30 0 0 0 0,39 15,8 0 40:21:30 938,64 27,6 7795
Villaines 23/8/11 12:37 03:51:00 141 100 77 88,27 25,2 824 44:12:30 1026,91 27,4 8618
Villaines arrêt 23/8/11 13:21 00:44:00 103 91 82 0,25 15,1 0 44:56:30 1027,16 27,4 8618
Mortagne 23/8/11 16:26 03:04:45 142 113 81 81,76 26,9 785 48:01:15 1108,92 27,4 9403
Mortagne arrêt 23/8/11 16:50 00:24:00 125 95 85 0,12 7,3 0 48:25:15 1109,04 27,4 9403
Dreux 23/8/11 19:26 02:36:15 133 114 87 75,99 29,3 420 51:01:30 1185,04 27,5 9823
Dreux arrêt 23/8/11 19:36 00:10:00 99 95 87 0,00 0 0 51:11:30 1185,04 27,5 9823
St Quentin en Yvelines 23/8/11 22:52 03:16:00 136 106 84 66,27 22,6 425 54:27:30 1251,31 27,2 10249

Lire le Compte Rendu de Damien (la Tortue) ici.

Pour les commentaires, c'est ci-dessous, n'hésitez pas.

Commentaires  

#1 LTDB mardi 30 août 2011 07:19
Eric : tu m'épateras toujours par la justesse de tes analyses, ta préparation méticuleuse... et ta facilité (apparente ?) sur ton vélo. Quoi qu'il en soit tu devais certainement avoir la possibilité de passer sous les 50h cette année mais le deal étant de rouler avec Damien c'est tout à ton honneur de l'avoir respecté ! Nul doute qu'en 2015, qui plus est si tu as une assistance, tu feras sauter le verrou des 50h avec délectation, c'est en tous les cas tout ce qu'on te souhaite.

Amicalement et encore merci pour ce savoureux CR !!!

LTDB_ki_se_dema nde_comment_tu_ fais
#2 BenoîtM mardi 30 août 2011 08:24
Super recit Eric.
#3 La Tortue mardi 30 août 2011 14:13
Je confirme que tu t'es baladé et que les 50h sont très largement dans tes cordes. je suis d'accord sur le fait que l'assistance de Gérald t'a retardé. A 4 gugusses, il y en a toujours un qui a quelque chose à faire et cela retarde le redémarrage.
je pense que votre gestion des arrêts n'est pas bonne du tout : trop courts au début et trop longs ensuite. je l'ai toujours dit, et quelque soit le sport, c'est à l'arrêt qu'on va le moins vite :-) faire 2 ou 3 gros arrêts pour manger chaud au snack, d'accord mais sinon, autant prendre à manger dans les poches et manger sur le vélo à 20km/h, on ne se fatigue pas et on continue à avancer
pour Gérald, je pense qu'il s'est fait "piégé". au début, le rythme lui convenait. ensuite quand j'ai commencé à retarder le groupe, il ne se voyait pas de partir seul. je lui ai dit de partir avec un groupe qui nous reprendrait mais il n'y en a pas eu. et ensuite, il serait bien parti, mais pas seul et surtout pas sans toi qui faisait un boulot énorme devant, lui se contentant le plus souvent d'être dans ma roue pour me pousser mentalement, et même parfois physiquement.
#4 ericl mardi 30 août 2011 14:29
La gestion des arrêts n'a pas été mauvaise, il n'y en a tout simplement pas eu. La durée des premiers arrêts, où on avait les ravitos prêts, était correcte. Mais sur le retour, ça a été n'importe quoi. Ça me revient maintenant, je l'avais déjà dit en 2007, il faut que la durée des arrêts soit prévue à l'avance et que l'assistant gère un chrono, et annonce -5', -3', départ 1'. On ne s'arrête pas pour se reposer, on s'arrête pour se ravitailler, et tu as raison, il n'y a pas de raison de prendre tant de temps à manger sur place.
Enfin, on a encore appris sur ce coup là, on essayera de faire mieux la prochaine fois.

Tiens, un truc que j'ai oublié de dire dans le CR: j'ai fait tout PBP avec les pieds nus dans les chaussures. Ca ne m'a pas gêné pendant la course, au contraire, c'était bien aéré et pas du tout compressé. Mais le lendemain, à cause je pense du temps où on est resté les pieds mouillés, j'avais perdu la sensibilité sous les doigts de pied (comme quand ils sont gelés). Ça a mis 6 jours à revenir à la normale.
#5 GeorgesF mardi 30 août 2011 19:11
Bravo Eric pour ton récit et pour ton parcours.
Quant à moi j'ai joué dans une autre cour. 76H, mais il est vrai que si je m'étais organisé seul, j'aurai mis beaucoup moins.Dans ce genre d'épreuve il est trés difficile de rouler à plusieurs et ne pas rouler à son rytme use plus.
Bravo à l AC Clapiers pour la perf. collective
GEO FARJOU
#6 ericl mardi 30 août 2011 19:17
Georges, J'ai vu ton résultat et tes photos maindru, tu étais drôlement chargé.
Mais avec qui as tu roulé puisque JP n'était pas là? Avec tes collègues de Villefranche? Remarque, dans ce délai, tu as du te promener aussi, non?
Tu n'es pas partant pour Pékin-Londres, histoire de boucler la boucle après Paris-Pékin?
#7 Olive mercredi 31 août 2011 07:18
Y' a rien à rajouter d'autres !! très beau résumé de la grosse balade , vivement 2015 ! a + et au plaisir d'une rencontre.
#8 ericl mercredi 31 août 2011 08:03
Olivier, on habite à 260 kms l'un de l'autre. Il faudrait faire chacun une boucle de 300 kms pour avoir seulement 40 kms en commun. Un peu trop et pas très pratique. Par contre, sur un raid de 2 jours, il y a moyen de faire quelque chose de sympa...
En tous cas, on ne manquera pas de te faire signe si on passe par Saint Marcellin, et toi, fais de même si tu as l'occasion de te trouver près de Montpellier avec ton vélo.

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