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Altriman 2014

IMG 0061Il y a 2 semaines, je ne savais pas encore si j'allais participer à l'Altriman. Aujourd'hui, c'est fait et je termine ma seconde édition pas trop mal. Mais ça a été une édition compliquée pour moi, avec plusieurs situations de détresse où j'ai sérieusement pensé à l'abandon.
Heureusement, j'ai pu profiter de mon expérience de la gestion d'une épreuve longue distance pour faire face à l'adversité et surmonter chaque difficulté. Après une natation catastrophique comme je n'en ai jamais connue, j'ai pu effectuer une grosse remontée sur le vélo et encore gagner des places sur le marathon.


Ma première édition était celle de 2011, en découverte de l'épreuve. Pour 2012, je comptais bien remettre le couvert et améliorer mon temps, et je pense que j'étais bien entraîné pour faire moins de 16h, mais une grave chute de de vélo me stoppe net un mois avant l'épreuve. Avec de la ferraille vissée dans le fémur, je ne peux pas courir correctement, et je fais aussi l'impasse sur 2013. On me retire la plaque fin 2013, mais il me faut quelques mois avant que je puisse de nouveau courir régulièrement sans problèmes.

D'autres questions et problèmes impactent ma motivation à m'entraîner et à me préparer pour l'Altriman. Je définis alors une stratégie pour, peut être, y arriver, mais sans en faire une obligation. Bien sûr, c'est une astuce car au fond je veux le faire, ne serait-ce que pour me rassurer sur le fait que ça y est, j'ai surmonté et récupéré de l'impact de cet accident, et que j'ai récupéré mon niveau physique, malgré les années qui passent.

Je ne sais tout de même pas comment ma jambe réagira à un marathon, surtout après plus de 9h de vélo en montagne. En mai, je décide donc d'aller faire le marathon trail de l'Hortus pour me tester. Ça passe, même si je me détruis complètement musculairement à cause d'un manque d'entraînement en D-.

La natation est une autre question. Je ne peux plus nager en club, et j'ai du mal à y aller régulièrement en public. Certaines semaines, je nage 3 fois. Puis je peux ne plus nager pendant 15 jours. En moyenne, c'est à peine une séance tous les 8 jours. Comme il n'est pas possible de faire des séries en public, ma séance est toujours la même: 1000m d'échauffement avec palmes, puis 30 à 45' non stop de plaquettes/pullbuoy pour travailler la force sur la durée en espérant que ça sera suffisant pour nager 1h15 sans avoir mal aux bras.

Il me faut quand même faire au moins un triathlon avant l'échéance pour me remettre un peu dans le bain, et je m'inscris donc au triathlon longue distance (half) du Salagou, le 18mai, juste à coté de chez moi. J'appréhendais un peu la natation mais ça s'est finalement bien passé. La CAP, sous une forte chaleur, a été un peu laborieuse mais le classement montre que j'étais à ma place en milieu de tableau. Donc, globalement, jusque là, on va dire que les voyants sont au vert.

Il reste le vélo, qui, à l'Altriman, ne s'improvise pas. Le parcours est vraiment très difficile, du fait des changements de pente incessants (la Marmotte est plus facile avec ses 4 cols réguliers et basta). Jusqu'ici, j'ai peu roulé, quasiment que des sorties de 90 à 130 kms et sans vraiment y mettre d'intensité. Il faut donc que je valide la question de pouvoir passer 200 kms et 5000m de D+ sur un parcours très exigent, et que ça me laisse encore assez de force pour courir le marathon derrière. C'est pour ça que je m'inscris au Défi des Fondus de l'Ubaye, une épreuve de 310kms et 6800m de D+. J'estime qu'elle me prendra environ le même temps que le vélo+cap de l'Altriman, et elle me remettra aussi dans les jambes le coup de pédale en montagne (un effort continu où contrairement au plat/vallonné, on ne peut jamais relâcher). Celui là aussi se passe bien, et voila comment sans vraiment m'entraîner et sans objectif, je me convainc que je peux faire l'Altriman auquel je m'inscris 10 jours avant (je remercie au passage l'organisation qui ne majore pas ses tarifs pour les inscriptions tardives).

Samedi 3h30 du matin, réveil. 4h30, départ pour le lac depuis les Angles. Nous sortons dans un brouillard épais et une température de 6°. Ça s'annonce bien. Heureusement, dès qu'on descend vers le lac, on passe sous le brouillard. Ouf, on devrait y voir quelque chose pour la natation. Au parc à vélo, ce nuage de brouillard au dessus de nous a tout de même la mauvais idée de nous tomber dessus sous forme de petite bruine.

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Installation: on doit tout avoir prévu et rangé dans des sacs de transition qui seront rangés dans l'aire de transition,
ne laissant rien d'autre que le vélo.

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Mon compteur a eu la bonne idée de planter la veille au soir, et je dois le réinitialiser,
le régler et vérifier qu'il prend bien mon capteur

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Le triathlon est un sport individuel, sauf pour la fermeture de la
combinaison, impossible tout seul sauf pour Mr. Fantastique.

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dans le parc, on se rassure comme on peut :-)
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sur la plage à quelques minutes du départ

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A cause d'un problème de groupe électrogène, on part avec 15 minutes de retard. Autant de temps à poirauter au bord de l'eau en tentant de ne penser à rien. Il y a toujours de l'appréhension à un départ natation quand on est qu'un nageur moyen, et qu'on va partir dans le noir. La musique arrive enfin et le coup de feu du départ est déclenché en même temps que les fumigènes sont allumés. Nageant en 2 temps avec respiration à gauche, je me place à droite pour rester sur le bord du paquet et le garder à vue. L'eau est à 17° et ne paraît pas froide. A ce moment, je n'imagine pas ce qui va m'arriver. Le départ se passe bien, et la première traversée de 800m environ, se fait sans histoire, en visant le seul phare allumé de l'autre côté du lac. Finalement, c'est plus facile de s'orienter de nuit comme ça, que de devoir repérer des bouées qui ne sont jamais assez grosses quand on en est à plus de 500m. Le passage de la bouée se fait sans trop de bagarre, puis 200m à droite, et encore à droite pour revenir et boucler les 1900m.

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Lors de ce premier retour, je commence à avoir froid et fais quelques erreurs d'orientation. Je ne sais pas trop pourquoi. Je sors de l'eau en 43' déjà pas très à l'aise avec l'impression que j'ai déjà consommé beaucoup d'énergie, et je traverse le ponton en marchant. Il n'y que 40 nageurs encore derrière moi, alors qu'il devrait y en avoir une grosse centaine.

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J'ai déjà des doutes à savoir comment je vais faire un second tour, mais je ne suis pas venu pour abandonner au bout de 1900m. J'ignore la situation et je retourne à l'eau. Vers les 2800m, les crampes que je redoutais aux mollets arrivent. J'ai ce problème de crampes au bout de 30 à 40' même en piscine. Au Salagou, j'avais aussi senti des alertes mais c'était à la fin. J'ai pourtant fait attention à battre des jambes plus que d'habitude pour tenter de faire mieux circuler le sang, mais ça n'a pas suffi et je suis stoppé. Comme en 2011, je suis obligé de m'accrocher à un bateau pour les faire passer. Je repars 3' plus tard, j'arrive aux 3300m environ, les crampes menacent toujours, j'ai de plus en plus froid, je perds complètement ma lucidité pour l'orientation, ne nage plus droit du tout, et je fais carrément un demi cercle sans m'en rendre compte. Je ne sais pas trop combien de temps je nage dans la mauvaise direction. Quand je lève la tête, je ne comprends plus rien, je n'ai plus aucun nageur en vue pour me repérer, je suis au milieu du lac et ne reconnais rien et je ne sais pas du tout où je dois aller. Le big sur un pédalo hurle des trucs que je ne comprends pas (trop loin). Je repars en sa direction, et quelques temps plus tard je vois enfin les fanions sur la berge. Je mets 1h02 pour le second tour (mon temps normal aurait du être autour de 37' par tour) !

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Sur le chemin vers le parc à vélo, les mains tremblantes

Je sors de l'eau carrément pas bien. Je tiens à peine en équilibre, je marche doucement en m'arrêtant tous les 10 pas et en m'appuyant sur les piquets pour retrouver de l'équilibre. Je n'enlève pas la combi pour garder le maximum de chaleur parce que je suis gelé, probablement en légère hypothermie. Les bénévoles essayent de me donner un verre de thé chaud à la sortie de l'eau, mais je tremble tellement que je ne peux pas le prendre et il me faudra une ou deux minutes pour réussir à le boire.

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Arrivé au parc, j'enlève difficilement la combi, j'ai les bras, les jambes et tout le corps qui tremblent violemment. Je mets ma serviette sur le dos et je me recroqueville jusqu'à ce que ça se calme. Je finis par m'habiller et partir doucement sur le vélo, en ayant du mal à tenir la direction droite. Ma transition aura duré 22 minutes! Un record assurément.

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Le soleil se montre et ça fait du bien

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Au moins, je ne suis pas gêné par les autres concurrents

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Pas compliqué pour trouver mon vélo non plus. Les 3 autres vélos qui restent sont des concurrents qui ont
abandonné la natation au bout de 1000m.

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A ce moment, je suis tellement concentré à faire ce que je dois faire et à me réchauffer que
je ne m'aperçois même pas que je suis seul dans le parc.

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J'ai presque récupéré le contrôle de mes bras, et on dirait bien que je réussis à trotter ici...

Je pars pas trop vite parce que je ne contrôle pas très bien la direction de mon vélo (et la route du départ est défoncée). Heureusement, ça monte vite pour le col de la Quillane et je vais pouvoir me réchauffer rapidement. A partir de là, je commence mon récital. Sorti du parc à vélo dernier en 218ème position, je remonte des profondeurs du classement. Les cols de la Llose et de Creu passent facilement et je double régulièrement. C'est ensuite faux plat descendant jusqu'au pied du col des Hares, mais avec vent de face, et je rattrape encore des concurrents, avant bras posés sur le cintre, tout en mangeant. Le col des Hares est passé souplement et je descends vers Querigut (dans les descentes par contre, je me fais doubler). Jusque là, je me régale car j'avance bien, sans toutefois faire un gros effort, je sais qu'il faut toujours rester tranquille sur ce vélo.

Bifurcation à gauche vers Mijanès, et il commence à pleuvoir doucement. Aie, c'est pas bon ça. Enfin, j'espère que ça ne durera pas. Mais si, ça dure. Et il ne fait pas chaud. Et le vent de secteur nord globalement défavorable pour l'ascension de Pailhères envoie des rafales cinglantes qui me transpercent. J'ai fait l'erreur de ne pas apprécier la prévision météo moi même et de prendre pour argent comptant les indications du breefing de la veille (brouillard au sommet de Pailhères). Qu'est ce que je regrette de ne pas avoir mis mes genouillères et mon imper. Je n'ai sur moi que manchettes, coupe vent léger et sous gants long, rien pour protéger la tête ni les jambes. Du coup, j'ai limite froid pour cette montée, et je décide dans un premier temps de ne pas m'arrêter au sommet pour ne pas refroidir et sortir de là le plus vite possible. J'arrive au sommet en 1h depuis Mijanès (850 m/h), non sans effort. Gros brouillard, 6°, rafales à 40km/h, tiens, prend ça...


Pas de pom pom girls cette année? Ajoutez la pluie et 6° pour vous rendre compte

Mais arrivé à la table de ravitaillement, j'ai faim et je mange avec appétit. La machine réclame de l'énergie alors je reste là 5' à manger tout ce que je peux, mais sans trop réussir à m'abriter. Du coup, je me refroidis encore, et quand je pars pour la descente, c'est l'enfer. Tout sur les freins, en restant sur la bande pointillée du milieu de la route (visibilité de 20 ou 30m), en me demandant sérieusement si je ne suis pas en train de faire une bêtise. En effet, que se passera-t-il si je me remets à trembler et que je ne puisse plus contrôler le vélo. Je serais obligé de m'arrêter et de geler sur place seul sans aucun secours ni abri. Ça peut vite mal tourner une histoire comme ça. Je continue quand même en me couchant autant que je peux pour protéger au moins le buste, mais les jambes exposées à l'humidité glaciale prennent cher. Heureusement, je sors du brouillard assez vite, mais il fait quand même toujours froid. En bas, il y a un tout petit coup de cul qui se passe avec 4 ou 5 coups de pédale. Je ne peux même pas en mettre un demi. J'ai les cuisses tétanisées par le froid, je suis stoppé net. Je reste comme ça arrêté à califourchon sur le cadre, jambes demies pliées pendant 9'30" jusqu'à ce que j'arrive à les bouger normalement.
Je repars et attaque la Chioula que je vois arriver avec plaisir 2 kms plus loin. J'en fais la première moitié sur 34/27 tout doucement, en discutant avec un autre concurrent, pour laisser les jambes revenir au mieux, puis j'accélère et à partir de là, je suis bien régulier, continue de doubler régulièrement, et n'ai plus de problème jusqu'à l'arrivée au parc. Je finis le vélo en 9h43 (9h12 de route + 10' bloqué + 21' d'arrêts ravitos, 66ème temps vélo), j'ai remonté 108 concurrents et je suis maintenant 110ème.
Il est étonnant de comparer le temps de 2011 (9h38, 9h20 de route et 18' d'arrêts) pourtant dans des meilleures conditions, il semble que je suis plus fort aujourd'hui qu'il y a 3 ans.

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Je me change totalement pour le marathon et m'habille léger. Je découpe mentalement le parcours en petits tronçons et ne pense jamais qu'au tronçon en cours. Ensuite, en restant concentré sur la gestion de l'effort, je trouve que le temps passe finalement assez vite (surtout quand il est déjà passé :-)). Le premier AR de l'autre côté du lac permet de se mettre dans le mouvement. Puis on remonte aux Angles. On se tape alors la grosse montée vers Balcères (1,2 km à 10%), que je monte comme tout le monde en marche rapide. Là, descente douce jusqu'au lac. Arrivé au lac, demi tour, montée douce vers le haut de la station, et là, c'est globalement grosse descente pour revenir au parc.
Il commence à faire assez froid, et je fais un passage au parc à vélo pour prendre un maillot et des manchettes, ainsi que ma frontale puisque vu l'heure, je vais terminer de nuit. Il ne reste alors qu'à refaire l'AR de l'autre côté de Matemale, et une fois passée la digue, il n'y a plus que 5 kms pour remonter jusqu'à l'arrivée.
Le marathon se passe plutôt pas mal en 5h05 (dont 17'30" d'arrêts ravitos, 80ème temps CAP) et je remonte encore 14 coureurs pour finir 96ème en 17h05 (175 finishers). Là aussi, je suis allé 25' plus vite qu'en 2011.

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Les 3 amis à l'arrivée

Le déroulement de cette course s'est révélé assez improbable. Je suis à la fois assez content de la belle remontée que j'ai pu effectuer après cette natation catastrophique, mais aussi déçu d'avoir perdu tant de temps à cause de mon erreur de vêtements en vélo, et de ces problèmes récurrents de crampes en natation. En tous cas, pour les prochains, s'il y en a, il faudra que je travaille beaucoup plus la distance nat et que je trouve comment nager 1h15 sans avoir ces problèmes aux jambes. Au moins 10' perdues arrêté sur le vélo, 40' sur la nat, plus l'impact initial de la nat sur le vélo, je pense que j'avais les moyens de finir entre 16h et 16h15, ce qui était vaguement mon estimation prévue. Donc, j'ai sauvé les meubles, mais j'ai raté la course. Bon, je n'ai pas non plus vraiment fait le travail pour la préparer comme il faut, et rien ne vient gratuitement dans ce monde. Du coup, je vais être obligé d'y retourner. Zut !

Et dire que j'aurais pu abandonner au bout d'un tour de natation...

Commentaires  

#1 Masha Vladimirova mercredi 12 avril 2017 11:09
Salut Eric,

J'ai lu tout le blog avec beaucoup de plaisir, ça serait vraiment bien si tu pouvais continuer à raconter!

C'est très motivant, et donc de ce faite tes récits et l'analyse que tu fais de ta pratique des sports d'endurance contribuent à l'augmentation globale de la quantité du bonheur humain.

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